Notre rencontre avec Barbu, « 7/7, Ça a été très naturel, et en même temps, c’est hyper naturel que de rapper son quotidien

Notre rencontre avec Barbu, « 7/7, Ça a été très naturel, et en même temps, c’est hyper naturel que de rapper son quotidien

De la pression du Mercredi à l’intimité du Dimanche, le projet 7/7 se vit comme un cycle. Nous partons à la rencontre de Barbu pour en savoir plus. Il nous ouvre les portes d’un univers cohérent et profondément humain.

 

Pourquoi avoir choisi de structurer ce projet autour des sept jours de la semaine ? Qu’est-ce que cette temporalité t’a permis d’exprimer que tu n’aurais pas pu faire autrement ?

Dans un premier temps, j’ai toujours été fan des projets conceptuels, des storytellings. Donc, rapidement, l’idée m’est venue : 7 titres pour 7 jours. Ç’a permis d’amener un côté intemporel (parce que ça, c’est quelque qui ne change pas) et de pouvoir parler du quotidien, de notre quotidien et de le mettre en musique en fait.

“7 titres pour 7 jours. Ç’a permis d’amener un côté intemporel” 

7/7 s’écoute comme une semaine condensée en 20 minutes. Comment as-tu travaillé la narration pour donner cette impression de continuité et de cycle ?

Au fait, au départ, j’ai fait un premier morceau que j’ai « marketé », où je décrivais un peu une journée un peu typique, avec le réveil qui sonne, les transports en commun, tout ça. Et à partir de là, je me suis dit : « Bah, vas-y, je vais faire une semaine ». 

Dans ma construction, j’ai d’abord mis à plat les ambiances que je voulais mettre en avant. Donc, je voulais un morceau un peu introspectif, un peu plus personnel. Ça a donné le « Mardi » un morceau en famille, avec tout le côté « Amour » qu’on peut ressentir. J’ai travaillé également sur un morceau un peu plus engagé, donc ç’a donné le titre « Mercredi », qui est la mise en scène d’un entretien d’embauche et une reprise un peu de pouvoir. Je voulais un morceau un peu plus technique en termes de rime, un peu plus kické, ç’a donné une journée en studio du “Jeudi”. 

Je voulais un son peu plus love, un peu plus doux, ç’a donné “Vendredi”, la mise en scène d’un date. Et je voulais un son un peu plus sombre, donc c’est sur le “Samedi”, où ça parle de ma ville, la nuit. Puis, un morceau un peu plus profond pour terminer avec les remises en question qu’on peut faire quand on est seul, et donc le “Dimanche”. 

Alors, une fois que j’avais posé tout ça, il n’y avait plus qu’à écrire. J’avais déjà une ligne directrice, des ambiances que je voulais en termes d’émotions, du moins. Et après, ça s’est fait assez naturellement. Le projet a été écrit en une semaine, à peu près : écrit et enregistré en une semaine. Ç’a été très naturel, et en même temps, c’est hyper naturel que de rapper son quotidien.

À partir de là, on a travaillé des prods dans un univers bien précis pour amener, en plus de la scénarisation, de la cohésion des textes et du suivi, amener une cohésion musicale et une ambiance forte en fait.

 

“Ça a été très naturel, et en même temps, c’est hyper naturel que de rapper son quotidien.”

 

Chaque jour possède sa propre atmosphère. Lequel te ressemble le plus aujourd’hui et pourquoi ?

C’est dur de détacher un titre ou de dire qu’un titre me ressemble plus ou moins qu’un autre. Pour des raisons différentes, ils font tous partie de moi en fait. Moi, j’ai beaucoup aimé faire un entretien, déjà parce que ç’a n’avait jamais été fait : la mise en scène d’un entretien d’embauche. Alors, j’ai aimé le faire, j’ai aimé l’écrire, j’ai aimé l’enregistrer, et puis c’est un gros boombap. Ça me ramène donc un petit peu à de la nostalgie aussi. Mais, j’ai également aimé faire un Samedi. J’ai aimé LundiJ’aime beaucoup le Lundi parce qu’en plus la manière dont la prod a été travaillée derrière, je trouve que ça amène vraiment quelque chose. Je trouve que le morceau du Lundi, quand tu fermes les yeux, t’es complètement dans le métro ou dans le tram, t’as les images qui te viennent une à une. C’est très cinématographique dans l’écriture. 

En gros, j’ai pas vraiment un morceau qui me ressemble plus qu’un autre. En fait, ils font tous partie de moi. Et l’idée, c’était quand même d’avoir ce caractère narratif qui montre que c’est aussi une partie de toi, une partie de nous en fait.

 

“Pour des raisons différentes, ils font tous partie de moi en fait.”

Ton écriture fait cohabiter introspection, storytelling et observation du quotidien. Comment trouves-tu l’équilibre entre vécu personnel et récit universel dans ce projet ?

Ça démarre en fait au départ où c’est ma vision. C’est ma vision. C’est très personnel. La narration, c’est mon point de vue. Mais par contre, ce sont des thématiques universelles à l’intérieur de mon point de vue. En gros, je te donne l’exemple du son sur mes grands-parents où c’est très personnel, c’est ma relation avec mes grands-parents. Mais, c’est une thématique universelle dans le sens où c’est les relations familiales et l’amour qui sont mis en avant. 

Ou si tu prends l’exemple du date, c’est « mon date », tu vois ? Mais, je pense que beaucoup de personnes qui ont fait des dates, que ce soit homme ou femme peuvent se retrouver complètement dans la situation, dans les ressentis et les émotions. 

Ensuite, bah t’as les séquences de narration, les interludes qui permettent de souder les morceaux, les uns aux autres, comme sur le Jeudi, la réponse du recruteur qui vient interrompre la séance studio pour répondre à l’entretien qui a été fait le Mercredi.

 

“C’est ma vision. C’est très personnel. La narration, c’est mon point de vue. Mais parcontre, ce sont des thématiques universelles… “

Si 7/7 devait être retenu comme une “carte de visite” artistique, Qu’aimerais-tu que les auditeurs comprennent de Barbu à travers ce projet ?

Ce que je veux qu’on retienne, c’est notre quotidien en musique. Moi, je suis juste un narrateur de notre quotidien. Et en fait, finalement, le rap pour moi, c’est comme ça que je l’ai rencontré quand j’étais petit. Quand j’écoutais des sons, j’avais comme l’impression que les mecs racontaient ma vie, tu vois ? Je me retrouvais dedans. 

Donc, c’était un peu le but sur ce projet-là, tout en lui donnant un peu capsule avec cette cohésion dans l’écriture. Je pense qu’on retient l’écriture sur ce projet, de par les thématiques abordées, de par les angles, de par le côté un peu cinématographique qu’on retrouve dans l’écriture. Alors, il s’agissait de mettre en avant ça et la production musicale qui a un réel parti pris, où c’est que des samples de Jazz. La direction musicale, elle a été faite par Nuvone, et avec une bass organique jouée par Majin7 pour ajouter un peu de groove. Mais, le but dans la production musicale a toujours été de mettre les textes en avant, et l’écriture.

“On a travaillé des prods dans un univers bien précis pour amener, en plus de la scénarisation, de la cohésion…”

Ton style est souvent décrit comme sobre, poétique et discret. Penses-tu que 7/7 marque une évolution dans ta manière d’écrire ou de poser ta voix ?

Dans ma manière d’écrire, oui parce que j’ai été un peu plus dans la narration, raconter des histoires, notamment dans le morceau Vendredi, le date ou même le Lundi, dans le tram, la mise en scène pour l’entretien d’embauche. Ce ne sont pas forcement des choses que j’avais l’habitude de faire… mais, j’ai aimé le faire. C’est cool quand t’as vraiment une thématique à aborder et qui, en plus, est conceptualisée.

Après, te dire que ça m’a fait évoluer, pas forcément. Par contre, c’est la première fois que je fais un projet où la direction artistique est autant resserrée dans le sens où tu vois, même en termes de flow, c’est assez fermé : c’est souvent le même type de flow qui revient. 

C’est la musicalité des prods qui va faire que ça varie, mais tu restes quand même dans ce côté très capsule en fait. Ça ne part pas dans tous les sens. Tout est quadrillé. Et c’est la première fois que je fais un projet autant quadrillé en fait.

 

“Ça ne part pas dans tous les sens. Tout est quadrillé.” 

Le projet dégage une forte authenticité urbaine. Quel rôle joue Bordeaux dans l’identité sonore et visuelle de 7/7 ?

Bordeaux, c’est un arrière-plan dans ce projet parce que en fait, si t’es bordelais tu vas capter toutes les petites références qu’il va y avoir dans les morceaux, que ce soit le petit bruitage de la sonnerie du tram dans le Lundi, des petites références à des lieux dans le Vendredi pour le date. Le Samedi soir quand ça marche la nuit, tu retrouves un p’tit peu les lieux de Bordeaux. Mais donc, le but, c’était vraiment qu’un bordelais qui a la réf et sait de quoi je parle, ait un p’tit sourire quand il écoute. Mais, si t’es pas bordelais, tu peux te manger le projet très très facilement et de manière très digeste parce que c’est pas non plus ce qui est mis complètement en avant. Ça reste vraiment ce petit arrière-plan, mais c’est pas la scène de base.

En fait, ce projet a été vraiment travaillé comme un film finalement. Même si le film est tourné à Bordeaux, c’est pas la ville de Bordeaux le thème principal. Parcontre, c’est à Bordeaux quand même, mais on ne le dit qu’implicitement.

 

“Ce projet a été vraiment travaillé comme un film finalement.”

Ambro Ola

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