{Dossier, La carte du Rap} : l’histoire et les secrets que cache le Hollywood Walk of Fame
Le 18 août 2026, Angélique Kidjo a consacré une nouvelle page de l’histoire de la musique africaine à Los Angeles. La chanteuse béninoise a reçu la 2 854e étoile du Hollywood Walk of Fame, dans la catégorie Recording. La distinction fait d’elle la première artiste africaine noire honorée par une étoile sur le célèbre boulevard hollywoodien.
Cette consécration, au-delà du parcours d’une seule artiste, appelle à revenir sur ce que représente réellement une étoile à Hollywood, son histoire, ses règles et la portée symbolique de la reconnaissance.
Pour notre Carte du rap de ce mois, nous avons donc choisi de prendre un peu de hauteur et de partir de l’événement Angélique Kidjo pour comprendre ce monument de la culture populaire. Car à l’arrière-plan de ces étoiles que les touristes photographient par milliers, il y a une institution construite depuis plus de sept décennies.
Qu’est-ce qu’un Walk of Fame ?
Le principe paraît simple. Des noms célèbres sont inscrits dans l’espace public sous la forme d’étoiles ou de plaques commémoratives. Le passant peut alors marcher littéralement sur les traces de personnalités qui ont marqué leur époque.
Mais, par-dessus ce principe, le Walk of Fame hollywoodien constitue une véritable institution culturelle et touristique administrée par la Hollywood Chamber of Commerce pour la ville de Los Angeles.

Son idée repose sur une notion assez forte. Celle d’inscrire la célébrité dans la ville. En général, une récompense classique se remet lors d’une cérémonie et reste généralement associée à une vitrine, un trophée ou un palmarès.
Quant à une étoile du Walk of Fame, elle fonctionne autrement. Elle devient une partie permanente du paysage urbain.
Le public peut donc passer devant le nom d’un acteur, d’une chanteuse, d’un réalisateur ou d’une personnalité de la télévision des années après sa disparition. Le souvenir ne reste pas enfermé dans une salle de musée. Il appartient à la rue, au quartier et à l’identité même de Hollywood.
Cependant, il faut surtout éviter une confusion : une étoile du Hollywood Walk of Fame n’est pas un prix artistique classique.
Elle ne fonctionne pas comme un Grammy Award, un Oscar ou un trophée remis après une compétition entre plusieurs candidats. Il n’existe pas, par exemple, une cérémonie annuelle au cours de laquelle les artistes remportent une étoile après un vote du public sur une performance donnée.
La logique est différente. Mais, avant d’en arriver là, intéressons-nous d’abord à l’histoire de l’institution.
Naissance du Hollywood Walk of Fame
Le Hollywood Walk of Fame n’a pas été imaginé comme un décor ordinaire destiné aux touristes. Son histoire commence en 1953, lorsque E. M. Stuart, alors président bénévole de la Hollywood Chamber of Commerce, défend l’idée d’un parcours qui aura pour vocation de rappeler au monde la place particulière de Hollywood dans l’industrie du divertissement.

À cette époque, Hollywood cherche déjà à renforcer son attractivité. Le quartier porte une réputation internationale, mais ses responsables veulent inscrire cette image dans la ville elle-même.
Stuart propose donc de créer un Walk of Fame afin de préserver la « gloire » d’une communauté associée au glamour et au spectacle. La Hollywood Chamber forme alors un comité chargé de développer le projet. Le cabinet d’architecture Pereira & Luckman participe aux premières réflexions.
L’idée n’apparaît pas totalement de nulle part. La Chambre de commerce évoque une possible inspiration venue de l’ancien Hollywood Hotel, dont le plafond de la salle à manger comportait autrefois des étoiles portant les noms de célébrités.
Il reste difficile d’établir un lien direct entre ce décor et le Walk, mais la ressemblance est frappante : dans les deux cas, la célébrité devient un élément visible du décor.
Le projet prend toutefois du temps. En 1955, ses grandes lignes sont enfin définies. La Hollywood Chamber commence alors les démarches auprès de la ville de Los Angeles. En janvier 1956, le projet est soumis au conseil municipal. Celui-ci donne son accord et demande aux services municipaux de préparer les éléments techniques nécessaires.
De l’idée au chantier
La conception du Walk évolue au fil des discussions. Les premières propositions imaginent notamment des étoiles accompagnées d’une caricature du personnage honoré. En revanche, cette piste est abandonnée, car elle aurait rendu la fabrication des différentes étoiles trop complexe.

Le projet s’oriente ensuite vers le symbole que nous connaissons aujourd’hui : une étoile rose au centre d’un carré sombre, installée directement dans le trottoir. L’aménagement doit aussi moderniser Hollywood Boulevard avec de nouveaux éclairages et des arbres.
Le financement représente alors un projet conséquent. Le coût prévu atteint environ 1,25 million de dollars, une somme considérable pour l’époque. La facture doit notamment être assumée par les propriétaires des bâtiments situés le long du parcours, dans le cadre d’un dispositif d’amélioration urbaine.
Pendant que la ville prépare les infrastructures, une autre question se pose : qui aura le privilège d’avoir son nom sur le Walk ?
Entre 1956 et 1957, quatre comités commencent à sélectionner les premières personnalités. Ils représentent alors quatre secteurs : le cinéma, la télévision, l’enregistrement musical et la radio. Des figures majeures de l’industrie participent à cette réflexion. Parmi elles, nous comptons Walt Disney, Cecil B. DeMille, Samuel Goldwyn, Jesse Lasky et Mack Sennett.
Les propositions affluent rapidement. La Chambre reçoit jusqu’à 150 noms par semaine.
1958 : les premières étoiles apparaissent
Le public doit néanmoins attendre avant de voir le Walk prendre sa forme définitive.
Le 15 août 1958, huit étoiles sont dévoilées sur Hollywood Boulevard, près de Highland Avenue. Cette installation sert de démonstration grandeur nature et vise aussi à susciter l’intérêt du public.
Les huit premières personnalités mises à l’honneur sont Olive Borden, Ronald Colman, Louise Fazenda, Preston Foster, Burt Lancaster, Edward Sedgwick, Ernest Torrence et Joanne Woodward.
Le véritable chantier commence cependant le 8 février 1960.
Quelques semaines plus tard, le 28 mars 1960, une première étoile est officiellement posée dans le nouveau Walk. Elle appartient au réalisateur Stanley Kramer. Son étoile est installée près de l’intersection entre Hollywood Boulevard et Gower Street.
Le 23 novembre 1960, le Walk est officiellement inauguré dans le cadre de la Hollywood Christmas Parade. Mais l’histoire ne s’arrête pas à cette cérémonie. Les travaux se poursuivent jusqu’au printemps 1961.
Au total, 1 558 étoiles composent alors le premier Walk of Fame.
Un monument qui change d’échelle
Le succès du Walk suscite rapidement une nouvelle question : comment continuer à ajouter des personnalités ?
En 1962, le conseil municipal de Los Angeles confie à la Hollywood Chamber of Commerce un rôle officiel dans le processus d’ajout de nouveaux noms. La Chambre doit alors établir des règles, définir une procédure de sélection et trouver un mécanisme de financement.
Il faudra attendre 1968 pour voir une nouvelle étoile ajoutée après la première vague. Le producteur et dirigeant de studio Richard D. Zanuck sera alors le premier nouveau lauréat de cette nouvelle période.
Le Walk commence par la suite à s’installer dans la culture populaire. Charlie Chaplin reçoit son étoile en 1972. En 1975, lorsque Carol Burnett est honorée, 99 nouvelles étoiles ont déjà rejoint celles du projet initial.
En 1978, la ville de Los Angeles désigne officiellement le Hollywood Walk of Fame comme monument historique et culturel. Une reconnaissance qui accentue son importance au-delà de l’industrie du divertissement.
Un peu plus loin, dans les années 1980 sous l’impulsion de Johnny Grant, figure majeure de l’histoire moderne du Walk, une cinquième catégorie, celle du spectacle vivant, est ajoutée (précisément en 1984). Puis, face au manque de place, une deuxième rangée d’étoiles apparaît sur certaines portions du boulevard.
En 1994, le Walk est encore agrandi vers l’ouest, jusqu’à La Brea Avenue. Cela permet l’installation de trente nouvelles étoiles. La même année, Sophia Loren reçoit la 2 000e étoile.

Depuis, le phénomène n’a cessé de grandir. Et c’est dans cette histoire, commencée avec une idée lancée en 1953, que s’inscrit désormais Angélique Kidjo.
Notons que son étoile se trouve au 7011 Hollywood Boulevard, face au célèbre Hollywood Roosevelt Hotel.
Comment fonctionne la sélection du Hollywood Walk of Fame ?
Le nom d’une personnalité n’arrive pas simplement sur Hollywood Boulevard parce qu’elle est célèbre. La sélection repose sur une candidature officielle, un examen par un comité spécialisé, plusieurs critères professionnels et une validation institutionnelle.
Le dispositif est administré par la Hollywood Chamber of Commerce, qui conserve le dernier mot sur les décisions.
Une candidature qui doit venir d’un tiers
Première règle importante : une personnalité ne peut pas décider elle-même de demander une étoile. La candidature doit être déposée par un tiers.
Il peut s’agir d’un professionnel du secteur, d’une organisation ou même d’un fan. La Hollywood Chamber précise toutefois qu’une condition reste indispensable : l’artiste ou son management doit donner son accord écrit.

Autrement dit, n’importe qui peut proposer une personnalité, mais personne ne peut imposer son nom au Walk of Fame sans son consentement.
Le candidat doit ensuite passer par une procédure officielle. Depuis 2026, les candidatures sont déposées en ligne et nécessitent des documents précis.
Le dossier doit notamment contenir une photographie, une courte biographie, les qualifications du candidat ainsi qu’une présentation de ses contributions à la communauté. Une lettre d’accord signée par la personnalité ou son équipe doit aussi figurer dans le dossier.
En gros, la popularité seule ne suffit pas. Le dossier doit permettre au comité de mesurer une carrière et son impact.
Six catégories pour représenter l’industrie du divertissement
Le Hollywood Walk of Fame distingue aujourd’hui six catégories : cinéma, télévision, radio, enregistrement musical, spectacle vivant et performance, ainsi que divertissement sportif.
Une telle organisation permet de couvrir une grande partie de l’industrie américaine du divertissement.
Mais cette classification ne signifie pas que les artistes sont évalués uniquement sur leurs ventes ou leur notoriété. Le règlement officiel mentionne plusieurs critères.
- Le premier est la réussite professionnelle.
- Le deuxième concerne la longévité : le candidat doit normalement avoir au moins cinq années d’activité dans sa catégorie.
- Le troisième porte sur ses contributions à la communauté.
- Le cinquième exige que la personnalité sélectionnée garantisse sa présence lors de la cérémonie d’inauguration.
Ce dernier point est assez révélateur. Une étoile s’accompagne d’un véritable moment public. La cérémonie permet au lauréat, à ses proches et au public de donner une dimension humaine à la reconnaissance.
Un comité composé de professionnels
La décision appartient au Walk of Fame Selection Committee. Celui-ci se réunit une fois par an, en juin, afin de sélectionner les personnalités qui seront honorées l’année suivante.
Le comité compte des représentants des six catégories. Chaque membre possède une expertise dans son domaine et fait lui-même partie des personnalités déjà présentes sur le Walk of Fame.
En pratique, selon la Hollywood Chamber, le comité reçoit en moyenne 200 candidatures par an. Parmi elles, environ 24 à 30 noms sont sélectionnés chaque année.
Une candidature peut donc rester sans réponse positive pendant plusieurs années. Le règlement précise même qu’un candidat peut devoir être proposé à plusieurs reprises avant d’être retenu.
Ainsi, lorsque le public voit les milliers de noms inscrits sur Hollywood Boulevard, il ne voit pas les centaines de dossiers qui n’ont jamais abouti.
La décision ne s’arrête pas au comité
Une fois les personnalités choisies par le comité, la procédure continue. Le conseil d’administration de la Hollywood Chamber of Commerce doit également approuver les sélections. Les noms sont ensuite transmis au Board of Public Works de la ville de Los Angeles pour une validation finale.

La Hollywood Chamber rappelle que ses décisions sont définitives et que les procédures restent soumises à son pouvoir discrétionnaire.
Après la sélection, un frais de sponsoring de 85 000 dollars est prévu. En réalité, cette somme sert à financer la création et l’installation de l’étoile, la cérémonie ainsi que l’entretien à long terme du monument.
Notons que le lauréat ne choisit pas non plus l’emplacement de son étoile. La Hollywood Chamber détermine le lieu selon les contraintes logistiques et l’organisation du Walk.
Et en ce qui concerne les étoiles posthumes ?
Le cas des personnalités disparues obéit à une autre règle. Une étoile posthume reste possible, mais la Hollywood Chamber impose un délai de deux ans après le décès. Un membre de la famille doit alors accepter la distinction.
Les autres Walk of Fame dans le monde
Le succès du Hollywood Walk of Fame a inspiré de nombreuses villes. Les formats diffèrent, mais l’idée reste proche : faire d’une rue, une place ou une promenade, un lieu de mémoire.
Walk of Fame Europe : Rotterdam, Pays-Bas

L’un des exemples les plus connus en Europe se trouve à Rotterdam, aux Pays-Bas. Le Walk of Fame Europe fonctionne avec des empreintes de mains et de pieds laissées dans des dalles. Inauguré en 1990, il accueille des personnalités issues de nombreux pays et de différents univers artistiques.
Canada’s Walk of Fame : Toronto, Canada

Créé en 1998, le Canada’s Walk of Fame célèbre des personnalités canadiennes qui ont marqué la culture et la société. Le parcours se trouve à Toronto et rend hommage à des acteurs, musiciens, sportifs, auteurs, réalisateurs et autres figures publiques.
Les Walk of Fame au Royaume-Uni

La plus emblématique des Walk of Fame du Royaume-Uni reste le Music Walk of Fame de Camden, à Londres. Créé autour de 2019-2020, il rend hommage aux artistes qui ont marqué l’histoire musicale du quartier. Mais Londres a aussi connu l’Avenue of Stars de Covent Garden, lancée en 2005, mais retirée dès 2006.
Enfin, le Square of Fame de Wembley Park célèbre les artistes passés par l’OVO Arena Wembley grâce à des plaques portant leurs empreintes.
Hong Kong Avenue of Stars : Hong Kong

L’Avenue of Stars de Hong Kong rend hommage aux grandes figures du cinéma hongkongais. Elle s’inspire directement du Hollywood Walk of Fame, mais son identité repose sur l’histoire exceptionnelle de l’industrie cinématographique locale.
Boulevard der Stars : Berlin, Allemagne
Le Boulevard der Stars, à Berlin, est consacré au cinéma allemand. Installé sur la Potsdamer Platz, il rend hommage à des acteurs, réalisateurs et autres personnalités qui ont marqué le septième art germanophone.
Łódź Walk of Fame : Łódź, Pologne

La Łódź Walk of Fame, située sur la célèbre rue Piotrkowska, célèbre les grandes personnalités du cinéma polonais. Le parcours se trouve dans une ville qui possède une histoire majeure dans le domaine de la formation et de la production cinématographiques.
Music City Walk of Fame : Nashville, États-Unis

À Nashville, le Music City Walk of Fame se concentre naturellement sur la musique. La ville est surnommée Music City en raison de son importance historique pour la country et pour l’industrie musicale américaine. Le parcours célèbre des artistes et professionnels qui ont favorisé le rayonnement musical de Nashville.
Palm Springs Walk of Stars : Californie, États-Unis

Le Palm Springs Walk of Stars rend hommage à des personnalités associées à Palm Springs et à la région. Le parcours célèbre notamment des artistes, des personnalités du divertissement et d’autres figures ayant un lien avec la ville.
Las Vegas Walk of Stars : Las Vegas, États-Unis

Le Las Vegas Walk of Stars reprend lui aussi le principe de l’hommage public aux célébrités. À Las Vegas, la célébrité et le spectacle font partie de l’identité même de la ville. L’étoile se veut alors une manière de matérialiser cette relation.
Walk of the Stars : Mumbai, Inde

Mumbai possède également son Walk of the Stars, consacré aux grandes figures du cinéma indien. Son existence prend tout son sens dans une ville considérée comme l’un des grands centres mondiaux de production cinématographique.

