Lexa Large tient son « Sésame » : un rap entre lucidité, humour et vérités intimes

Lexa Large tient son « Sésame » : un rap entre lucidité, humour et vérités intimes

Au delà du caractère commercial auquel s’accroche certaines sorties d’albums, d’autres privilégient la profondeur à travers le message, la biographie et le caractère thérapeutique. Telle une confession, la transmission d’un héritage, « Sésame » appartient à cette seconde catégorie. Il cherche à raconter, à faire découvrir le monde de Lexa Large.

Avec ce nouveau projet, le rappeur lillois poursuit un travail d’écriture où il est plus intéressé par les contradictions humaines que par les postures. Il rassemble dix morceaux avec une plume capable de passer de l’ironie à la gravité sans perdre son fil. Sorti le 27 mars 2026, « Sésame » s’inscrit dans une discographie déjà construite autour du récit, de l’autodérision et de l’observation de soi.

De Sursis à Sésame, le récit d’un rappeur qui continue de se raconter

Pour comprendre « Sésame », il faut regarder le chemin parcouru par Lexa Large. Son univers s’est construit sur plusieurs projets où l’écriture tient une place centrale. Sursis, sorti en 2021, dressait déjà le portrait d’un trentenaire confronté au temps qui passe, aux responsabilités, aux souvenirs et aux petits déséquilibres de l’âge adulte.

Il poursuit sur cette lancée avec Confiteor, publié en 2023. Un disque qui s’articule autour d’un concept lié aux sept péchés capitaux. L’étape suivante fût Almanac, réalisé avec Dann Lee en 2025. Cette chronologie dans les sorties musicale du l’artiste lillois exprime bien sa volonté de regarder la mémoire, les références musicales et les fractures générationnelles.

 

A juste titre alors, « Sésame » reflète  une nouvelle étape de son parcours. Lexa Large semble avoir voulu prendre de la hauteur sans perdre le goût du détail. Il y parle de l’enfance, de la construction personnelle, de la foi, de la vérité, de l’amour et de ses propres failles. Le rappeur ne cherche pas à donner une image parfaite de lui-même.

Au contraire, « Sésame » ressemble à un carnet ouvert, avec ses souvenirs, ses doutes et ses traits d’humour. Ainsi, l’homme derrière le personnage devient même un sujet à part entière. Une manière de rappeler que le rap peut aussi être un espace pour faire le point, regarder derrière soi et transmettre quelque chose à ceux qui arrivent après.

Sésame, dix portes ouvertes sur l’intime de Lexa large

Le titre de l’album résonne comme une invitation.  « Sésame » évoque une porte que l’on cherche à ouvrir, un passage vers quelque chose de caché. Autrement dit, l’accès au monde de Lexa Large. Une alternance entre gravité et ironie. Loin de masquer les blessures, le rire devient un autre moyen pour l’artiste de les raconter.

La tracklist de « Sésame » est comparable à un parcours complet. Notes du sous-sol installe le décor en ouvrant la porte vers l’intime. Le morceau  Tout Droit, avec Gulien et Akbal emboite le pas en imposant une direction plus franche. Quant à Folklorama et Mirage , ils prolongent cette intimité à travers les références, souvenirs et perceptions de Lexa Large.

Fidèle à son originalité, Corbusier Lc4  apporte une nouvelle image, presque architecturale, dans cet ensemble musical. Il passe la main à Triomphe qui installe une notion de victoire qui peut aussi se lire avec ironie il faut préciser. Une autre parenthèse très importante de la vie de l’homme est faite à travers Gospel Requiem qui fait basculer le disque vers quelque chose de plus spirituel.

Le récit du quotidien est donné par Quelques Tuyaux qui constitue un ancrage dans le présent. Avec J’t’m, l’album atteint son versant le plus sentimental avant de se refermer sur Outro. Dix titres, dix portes entrouvertes sur le même homme. La tracklist ne raconte donc pas une histoire linéaire, mais dessine un autoportrait en plusieurs fragments de son auteur.

Chaque titre semble constituer une pièce de son puzzle personnel que l’artiste assemble. Une succession qui donne au disque un mouvement narratif. Il y a aussi quelque chose de très humain dans la manière dont « Sésame » assume ses contradictions. Lexa Large évoque la foi et la vérité, mais aussi l’amour, les faiblesses et les souvenirs de l’enfance. Il peut parler sérieusement d’une question existentielle puis revenir à une formule plus légère. 

Une nouvelle pièce dans une œuvre qui refuse de jouer un rôle

Lexa Large n’a pas besoin de multiplier les artifices pour installer son univers. Sa force repose sur une écriture précise, des images parfois inattendues et une vraie faculté à raconter le quotidien. Avec « Sésame », son intérêt est plus axé sur la transmission. La promotion du projet a d’ailleurs donné lieu à une rencontre importante avec OTO Tune.

Le 24 avril 2026, quelques semaines après la sortie du disque, Hugo et Zach ont reçu Lexa Large pour une émission consacrée à la conception de « Sésame », à ses envies et à ses projets non seulement présents mais également futurs. Cet album constitue un disque de maturité qui accepte les cicatrices, les souvenirs et les contradictions.

Loin de prétendre avoir toutes les réponses, il préfère poser les bonnes questions. Parfois avec sérieux, parfois avec une pointe d’ironie. C’est justement à ce croisement que réside son charme. A une époque où tout va trop vite, Lexa Large prend le temps d’écrire, de revenir sur son histoire et de regarder son époque avec son propre filtre. 

Et si le disque porte ce nom, c’est peut-être parce que la véritable porte à ouvrir n’est pas immédiatement celle du succès. C’est plutôt celle de l’intime. Celle de son monde intérieur, la connaissance de soi qui conduit justement à toutes les autres portes désirées. Lexa Large l’ouvre sans grand discours, avec ses souvenirs, ses doutes, ses sentiments et cette ironie qui lui appartient. Un rappeur qui a pris de la hauteur, mais qui garde encore beaucoup à dire.

Regardez « Notes du sous-sol » de Lexa Large.

Eudes Bocovo

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