
Notre rencontre avec Gulien : « Mon univers se définit dans un mélange de lignes techniques, d’anxiété et d’humour grinçant. »

Originaire de Lille, Gulien se distingue avec un rap singulier, une proposition thématique influencée de pensées sombres et de rimes techniques. Nous rencontrons ce talent du Nord, lors de la finale nationale Buzz Booster 2025.
Tu as commencé en autarcie avec Fruityloops et des carnets restés confidentiels. À quel moment, tu t’es senti prêt à confronter le public ?
Je pense que malgré mon anxiété et ma timidité, le rap a toujours été ma passion donc, je me posais moins de questions. J’avais moins de réticence à essayer des choses. J’avais surtout envie de savoir ce que je valais. La scène pour moi, c’était la suite logique des freestyles.
On dit souvent que certains artistes sont faits pour la scène, d’autres doivent la conquérir. Comment s’est passée ta transition vers les open mics, et ensuite les premières parties ?
J’avais intégré le côté compétition du hip-hop donc pour moi, c’était plutôt naturel d’aller me confronter à d’autres rappeurs en open mic. Ça m’a donné la motivation de continuer d’écrire et de proposer de meilleurs couplets à chaque fois. En fait, l’open mic, c’est vraiment l’exercice dans lequel j’ai appris à tenir un micro, capter l’attention d’une foule, essayer de choquer le public avec des phases piquantes. Ca m’a donné les bases pour mes futures premières parties quand j’ai commencé à sortir des projets. La différence avec les open mics, c’est qu’on arrive avec nos morceaux et un univers souvent devant un public qui ne nous connait pas. Alors, on est en position de convaincre.
L’aspect émotionnel de la musique, il est beaucoup plus important que lors d’un open mic où c’est surtout le côté technique qui prime mais c’est un exercice qui m’a vraiment permis de faire cette transition.
“ L’open mic, c’est vraiment l’exercice dans lequel j’ai appris à tenir un micro”

Le rap est un exutoire pour toi. Comment définis-tu le lien viscéral que tu entretiens avec l’écriture ?
Mon lien avec l’écriture, il est un peu compliqué. C’est un peu comme une relation qui a ses hauts et ses bas. Il y a des jours où tout est fluide, tout sort tout seul et d’autres où c’est un casse-tête pas possible. J’essaie de travailler sur ma manière d’aborder mon écriture parce que je suis très dur avec moi-même par rapport à ce que je produis. Donc, j’apprends à laisser les choses venir parce qu’une idée qui ne paraît pas bonne peut devenir excellente selon le moment et le contexte. L’écriture me permet avant tout de parler de ce que je ressens, notamment l’anxiété qui se manifeste aussi quand j’écris.
“Une idée qui ne paraît pas bonne peut devenir excellente selon le moment et le contexte.”
Comment définis-tu ton univers ?
Je définirai mon univers comme un mélange de lignes techniques, d’anxiété et d’humour grinçant.
Parmi tes références, tu cites Eminem pour son autodérision et Redman pour son charisme. Comment t’inspires-tu d’eux ?
Concernant Eminem, j’ai toujours été impressionné par sa capacité à se moquer de lui-même et en faire une force. C’est une idée que j’essaie d’appliquer à ma manière dans ma musique. Je voudrais qu’une personne anxieuse comme moi puisse se dire que c’est possible de devenir un genre de super-héros badass même quand on n’est pas forcément à l’aise avec ce qu’on est.
Redman, il a aussi beaucoup d’autodérision. Et en fait, j’adore sa voix et son articulation. Il est très clair dans sa manière de projeter sa voix. J’essaie donc de faire de même dans mes morceaux pour qu’on comprenne tout ce que je dis. C’est très important pour moi.
“Je voudrais qu’une personne anxieuse comme moi puisse se dire que c’est possible de devenir un genre de super-héros badass”
Quel message passes-tu dans ton dernier EP « Mode Avion » ? Quelles sont les deux titres que tu conseilles d’écouter en premiers et pourquoi ?
“Mode Avion”, c’est une manière de parler de mon anxiété en passant par l’image du téléphone qui me rappelle à la réalité, à ma responsabilité, alors que ma seule envie, c’est de m’isoler par peur de sortir de ma zone de confort. Donc, j’ai fait cet EP pour celles et ceux qui ressentent la même chose et qui pourraient se sentir moins seuls en écoutant mes morceaux. Je conseillerais le morceau éponyme “Mode Avion” qui introduit l’EP et le morceau “06” produit par Lil Chick qui le conclut. Ils représentent bien l’EP et mon univers en général.
“J’ai fait cet EP pour celles et ceux qui ressentent la même chose et qui pourraient se sentir moins seuls en écoutant mes morceaux.”

Sachant que ta signature est un rap plutôt introspectif, que cherches-tu à faire ressentir au public à travers tes performances live ?
Je pense que c’est très important que mon univers soit compris. Il faut accrocher le public dès le début et qu’il nous suive jusqu’à la fin. Le but, c’est vraiment qu’à la fin du set, on ait noué un vrai lien avec eux. Donc, ça passe par un set cohérent, qui passe par différentes émotions en adaptant mon attitude au type de public, au morceau, à la taille de la salle, etc. Le but, c’est qu’ils comprennent qui je suis et mon univers.
Tu as représenté les Hauts-de-France à la finale de Buzz Booster 2025. Qu’est-ce que ça signifie pour toi, en tant qu’artiste indépendant et autodidacte ?
C’est une opportunité de ouf tant en termes de rencontres que de travail scénique. On a bossé comme des fous avec mon équipe, que ce soit mon ingé ou mon DA visuel qui a bossé sur la vidéo. On a aussi retravaillé les actions Live avec Louchi pour leur donner un maximum de relief. C’est une expérience qui m’a permis de prendre un level énorme, que ce soit en studio ou en Live.
“C’est une opportunité de ouf tant en termes de rencontre que de travail scénique. “
Qu’est-ce que ç’a représenté pour toi l’expérience Buzz Booster, des qualifs jusqu’à la finale à Marseille ?
Ah, ce fut une expérience intense, du début à la fin. Et le fait d’avoir rencontré d’autres artistes avec lesquels j’ai pu partager mon expérience et discuter de nos parcours, ça m’a aussi beaucoup marqué. Ç’a représenté un moment décisif pour la suite de ma carrière.
“Un moment décisif pour la suite de ma carrière.”
Et après Buzz Booster ? De quoi sera faite la suite ?
Alors, beaucoup de musiques cette année. Je suis dans une période très créative. Donc, beaucoup de choses se préparent, beaucoup de singles, un EP, des featurings, etc. Avec mon équipe, on prépare aussi de quoi être présent quotidiennement sur les réseaux. Proposer du contenu toute l’année qui soit cohérent avec l’univers et les thèmes que je souhaite aborder.
